Sommaire
Quand
on étudie les voies romaines il est courant de
rencontrer des différences de syntaxe pour
désigner la même ville ou
étape. Par exemple, le village de
Cabasse est orthographié de plusieurs
manières : Matavone (Table de Peutinger),
Matavonio (Itinéraire d'Antonin),
Pataum, Patavi (Anonyme de
Ravenne). Pour Aix-en-Provence,
on trouve : Aquae Sextiae, Aquis Sestis (Table
de Peutinger), Aquis Sextis (Itinéraire
d'Antonin et Anonyme de Ravenne). Pour Arles on rencontre :
Arelato (Table de Peutinger), Arelate
(Itinéraire d'Antonin), Arelaton (Anonyme de
Ravenne). A quelques exceptions
près, il en va de même pour toutes les autres
dénominations. La langue latine que l'on qualifie
aujourd'hui de langue morte, a subi tout au long des
siècles des transformations, qui sont bien souvent
des conséquences de la transmission orale.
|
|
|
Longueurs Surfaces |
Poids Volume
(grains) Volume
(liquides) |
![]()
GÉNÉRALITÉS
SUR LES VOIES ROMAINES
L'oeuvre
civilisatrice de Rome sur les contrées soumises
passe, entre autre, par la construction d'un réseau
de voies qui convergent vers la capitale et permet une
communication aisée avec les "provinces". Ces voies,
qui sont avant tout des axes militaires, sont tracées
sur d'anciennes drailles ou chemins gaulois existants
remaniés, ou ont été
créées de toutes pièces dans le souci
d'un tracé rectiligne, le plus court
possible. Avant la
construction, une reconnaissance préalable
était faite par des géomètres et des
arpenteurs qui recherchaient les meilleurs passages suivant
les côteaux, évitant à la fois les zones
innondables et les parcours escarpés. Ils examinaient
aussi les possibilités d'améliorer les chemins
existants, car ils constituaient une liaison existante entre
les bourgs. Ensuite, ils réalisaient le piquetage
pour délimiter la plateforme de la route, les
fossés et quand cela était nécessaire
ou possible, les pistes latérales pour les troupeaux
et le charroi local. La Gaule
Narbonnaise était parcourue par deux Via Publicae
venant de Rome. D'une part la voie Domitienne qui passait
par les Alpes Cotiennes (Mont Genèvre,
Briançon, Gap, Cavaillon, etc.) et d'autre part, plus
près de la côte, par les Alpes Maritimes, la
Voie Aurélienne. Faisant
partie des "Viae
Publicae",
la Voie Aurélienne avait une largeur minimale de 15
à 17 pieds (5m encore visible sur le domaine du Merle
en Crau), avec des moyennes allant de 4,80 à 5,20m
sur le tronçon d'Aix à Salon. Cette largeur
permettait le croisement aisé des convois de
chariots, ou leur dépassement, car si le trafic
était déjà important sous la
République, il l'était davantage sous
l'Empire. On peut même remarquer au pont
de la Burlande
(commune du Paradou), une largeur assez surprenante de 7,80
m. Que sont
devenues les voies romaines ? Lors de la
décadence de la prépondérance de Rome
et ce durant la seconde moitié du V
ème siècle et le siècle
suivant, le pouvoir central dépassé par les
troubles et les invasions barbares, abandonna
progressivement l'entretien régulier de ces voies
comme celui des aqueducs. De ce fait, ou elles disparurent
corps et bien, ou elles subirent des transformations par
adaptation. Du VII
ème siècle au IX
ème siècle, période
d'insécurité qui demeure obscure par bien des
côtés, l'économie se cantonne à
des échanges localisés. Le faste des
siècles précédents a fait place
à l'austérité. Les populations essayent
plus de survivre que de vivre. Les édifices colossaux
tombent en ruine parce que devenus inutilisables ou
inutilisés. L'économie de construction a fait
place à une économie de réemploi. Les
matériaux les plus divers sont
réutilisés (tuiles, colonnes, pierres,
briques, outils...). C'est ainsi que l'on retrouve des
bornes milliaires transformées en linteaux, colonnes
ou rouleaux agricoles. Les pierres de certains monuments en
ruine ont souvent servi de matériaux de fondations,
comme à l'église Notre-Dame de Nazareth
à Vaison-La-Romaine, ou ont pris le chemin des fours
pour obtenir de la chaux par calcination. La nouvelle
organisation de la société s'est
trouvée divisée en fiefs. Les populations
n'avaient pas d'autre choix que de se regrouper sous la
protection d'un seigneur. L'habitat de plaine est
délaissé pour des questions de
sécurité et les villages se forment sur les
hauteurs comme au temps des oppida. Les grandes voies
internationales demeurent, mais progressivement leur
revêtement de pierre ou de gravier va se
dégrader. Le coût et le manque de moyens pour
leur remise en état conduira souvent à parer
au plus pressé. On comblera les nids de poules
ça et là et on rétrécira
l'emprise des routes, pour ne conserver que le strict
nécessaire au trafic. Le charroi qui durera plusieurs
siècles, accentuera exagérément les
ornières
encore visibles
dans les passages rocheux ou sur les ouvrages en pierre
(que l'on appelle parfois à tort voies à
ornières). A la
lumière de cet exemple, nous sommes renseignés
sur le pourquoi et le comment de la profondeur excessive de
certaines ornières. C'est donc durant toute cette
période que les voies romaines adopteront le visage
que nous leur connaissons aujourd'hui. Il est important de
souligner ce point car il est l'un des
éléments essentiels pour leur restitution sur
le terrain. La
féodalité, entreprenant le découpage
des terres agricoles en fiefs, se sert néanmoins de
ces voies antiques et de l'implantation des milliaires comme
base inaliénable aux limites administratives des
communes du Moyen-Âge naissant. A partir du renouveau
de "l'an mil" lié à la création de
nouvelles cités, de nouveaux itinéraires sont
mis en place. Respectant au mieux les parcelles que se
disputent les uns et les autres, ils nous parviennent
aujourd'hui sinueux, tortueux et dans un esprit tout
différent de celui de l'antiquité. C'est pour
cette raison que nous restons attentifs aux détails
des chemins, des haies, des limites de communes, autant sur
les cartes IGN, les cadastres anciens, que sur les photos
aériennes. On peut donc considérer que les
vestiges de ces routes antiques, sont comme miraculeux, tant
notre sol a subi de transformations au cours des
siècles. Avec les
grands chamboulements de l'urbanisme galopant, la
construction des autoroutes et autres TGV, notre
époque moderne a contribué à effacer
davantage le peu de marques encore visibles il y a seulement
20 ans. Il est donc urgent de sauvegarder sous toutes ses
formes ces témoins de l'histoire de notre
civilisation. Ornières
sur un chemin qui rejoint la Voie
Aurélienne Largeur
de la voie Vue vers
l'Ouest Entre
Salon et Grans
(BDR), la Via Aurélia constitue une limite
administrative entre ces deux communes. Aujourd'hui
il ne reste plus qu'une petite route
goudronnée étroite, qui a du mal
à maintenir sa continuité. On peut
distinguer à droite, en parallèle,
l'autoroute A55. Vue vers
l'Ouest. École
du Merle Vue vers
l'Ouest L'Autel
de la coquille
en retrait de la Via Aurelia. Sur la partie sud des
Carrières de Fontvieille. Cet autel est
situé dans une propriété
privée
Son revêtement était de type Via
Glarea Strata
(route revêtue d'un mélange de sable et de
gravier concassé ou de galets soigneusement
compactés), en rase campagne et de type
Via
Silice Strata
(route pavée de dalles en pierre dans la
traversée des villes, des bourgs et dans les rampes
(calades).
Sur les cartes IGN ou les cadastres modernes, les chemins
dits "ancienne voie romaine", indiquent bien des
tracés antiques mais ne désignent en
l'état que des voies agricoles en terre ou
asphaltées ne faisant que 2,5 à 3m de large.
Elles ne peuvent en aucun cas nous donner une idée
précise des "Viae Publicae" telles qu'elles
étaient à l'époque.
Nous en avons une preuve flagrante avec le Pont
Flavien de St-Chamas
qui a subi des dégradations dès lors que le
dallage antique a disparu. Les véhicules
roulèrent directement sur la voûte en creusant
des entailles profondes qui finirent par menacer l'ouvrage
au niveau des claveaux. Au XVII ème
siècle un dénommé Surian, consul de la
ville, ordonna la refection de la plateforme de roulement,
ce qui permit de sauver le pont, car il ne restait plus que
40 cm avant d'atteindre le vide sous la voûte. Ce qui
paraît à peine croyable quand on sait que cet
ouvrage était le seul de cette importance sur la
Touloubre depuis l'antiquité (*voir source en bas
de page).

(Commune de Pélissanne)
Pour
agrandir,
cliquez sur les images

Un sillon d'env. 5 m de largeur est resté
gravé dans le sol de la Crau, à
l'Ouest de l'École du Merle de Salon. Il
témoigne d'un travail réalisé
il y a plus de 2000 ans, à l'époque
où les constructeurs de la route antique ont
creusé jusqu'au poudingue
(conglomérat de roches dures), pour
rechercher la meilleure assise.
On remarquera la percée deux fois
millénaire, qui matérialise encore
aujourd'hui la zone non aedificandi, imposée
par le parcellaire romain (env. 15m de part et
d'autre de la Voie Aurélienne).
Cette longe champètre bordée
aujourd'hui par une haie de chaque coté,
s'est perpétuée jusqu'à nous
comme un témoin de l'histoire.
![]()
|
des voies romaines
Via Terrana (pluriel Viae Terrenae), chemin de
terre. |
les textes et les images incluses dans ce site peuvent être modifiés sans préavis
|
|
Site réalisé par bruno TASSAN - brunotassan.com